Accueil › Actualité › Fausses réductions de prix
Par Christophe Millet · Publié le
Le 20 août 2026, la DGCCRF, l’administration qui contrôle les commerçants, a annoncé que Boohoo, une enseigne de vêtements en ligne, a accepté une amende de 2 330 000 € pour de fausses réductions de prix sur la version française de son site. Sur les annonces vérifiées, 95 % n’étaient pas conformes : la plupart cachaient soit aucune baisse, soit une hausse déguisée. Aucune règle ne change. Mais à trois mois du Black Friday, ce dossier montre précisément ce que l’administration regarde, et ce que vous pouvez vérifier vous-même avant d’acheter.
Cet article s’adresse d’abord à ceux qui achètent. La règle de fond sur les prix barrés est expliquée dans l’article « Prix barrés, promos et Black Friday : ce que dit la loi » ; ici, on regarde comment elle a été appliquée dans un cas réel.
- Ce que la DGCCRF a mesuré, chiffre par chiffre
- Comment une fausse réduction se fabrique, sur un exemple
- Les trois vérifications à faire avant d’acheter en promotion
- Ce que ce dossier rappelle à tout vendeur, petit ou grand
Sommaire
Ce que la DGCCRF a mesuré
L’enquête a porté sur « plusieurs centaines de produits », en comparant trois choses : le prix de vente, le prix barré et le pourcentage de réduction affiché. Le communiqué résume le procédé : « En ne tenant pas compte des promotions précédemment appliquées, voire en majorant certains prix avant de leur appliquer une réduction, BOOHOO a trompé les consommateurs sur la réalité des réductions dont ils pouvaient bénéficier. »
| Ce que cachait l’annonce | Part des annonces |
|---|---|
| Aucune baisse de prix | 40 % |
| Une baisse plus faible qu’annoncée | 7 % |
| En réalité une hausse de prix | 48 % |
| Total non conforme : 40 + 7 + 48 | 95 % |
Le chiffre le plus frappant est le troisième : près d’une annonce sur deux affichait une réduction alors que le prix avait en fait augmenté. L’enquête a aussi relevé des étiquettes trompeuses sur la matière des produits, avec « l’utilisation interdite des termes “cuir”, “similicuir”, “cuir simili”, “daim” dans la description de produits synthétiques ». L’amende, « d’un montant global de 2 330 000 d’euros pour pratiques commerciales trompeuses et non-conformités sur l’étiquetage des produits », a été proposée dans le cadre d’une transaction pénale, c’est-à-dire un accord avec le procureur qui évite un procès, et l’entreprise l’a acceptée.
Comment une fausse réduction se fabrique
Le mécanisme décrit par la DGCCRF est simple, et il vaut la peine de le voir sur des nombres ronds. Une robe se vend habituellement 30,00 €.
| Étape | Prix |
|---|---|
| Prix habituel de la robe | 30,00 € |
| La veille de la « promotion », le prix est relevé | 45,00 € |
| Le jour de la promotion, affichage : 45,00 € barré, −33 % | −14,85 € |
| Prix payé : 45,00 − 14,85 | 30,15 € |
L’acheteur croit économiser 14,85 €. Il paie 0,15 € de plus que le prix habituel. C’est exactement la situation que la DGCCRF classe dans les 48 % d’« augmentations de prix ». Et si le prix n’avait pas été relevé la veille, mais que le site avait simplement barré un ancien prix jamais pratiqué récemment, on serait dans les 40 % d’annonces sans aucune baisse réelle.
La règle qui interdit cela impose au vendeur de calculer sa réduction par rapport au prix le plus bas qu’il a pratiqué pendant les trente jours précédant la promotion. Elle est détaillée, avec ses exceptions, dans l’article sur les prix barrés.
Et si vous achetez
Vous ne pouvez pas mener l’enquête de la DGCCRF. Mais trois gestes suffisent pour éviter la plupart des pièges, surtout à l’approche du Black Friday, le 27 novembre cette année.
Trois vérifications avant d’acheter en promotion
Ce dossier ne vous donne aucun droit nouveau. Vos droits existants, en revanche, ne dépendent pas de la promotion : quatorze jours pour changer d’avis, et la possibilité de vous faire rembourser si le produit ne correspond pas à sa description, par exemple un « cuir » qui n’en est pas.
Et si vous vendez
La règle du prix de référence ne vise pas les géants : elle s’applique à toute boutique qui affiche un prix barré, y compris une boutique tenue par une seule personne. Ce dossier rappelle trois choses.
- Le prix barré doit être un prix réel, le plus bas des trente jours précédents. Si votre produit était déjà en promotion, la nouvelle réduction se calcule à partir du prix promotionnel, pas du prix d’origine.
- Un prix relevé la veille d’une promotion est le cas d’école de la pratique trompeuse. Les outils de suivi de prix le repèrent, et les enquêteurs aussi.
- La matière annoncée doit être la matière réelle. « Cuir » est réservé au cuir. Un synthétique n’est ni du cuir, ni du similicuir, ni du daim dans une fiche produit. La règle vaut pour la composition des textiles et des chaussures.
Le moyen le plus simple de ne jamais se tromper : noter, pour chaque produit, son historique de prix sur les trente derniers jours avant de programmer une promotion. Une colonne dans un tableur suffit.
Ce qui ne change pas
Une sanction n’est pas une loi nouvelle. Ce qu’il faut retenir tient en quelques lignes.
- La règle du prix de référence est la même qu’avant. Ce dossier montre qu’elle est contrôlée, il ne la modifie pas.
- Les promotions restent légales, dès lors que le prix barré est un prix réellement pratiqué.
- Les chiffres de ce dossier ne disent rien des autres sites. Ils portent sur une enseigne et sur les annonces que la DGCCRF a vérifiées.
- Vos droits d’acheteur sont identiques en promotion et hors promotion.
- 20 août 2026 : amende de 2 330 000 € acceptée par Boohoo pour fausses réductions et étiquetage trompeur.
- 95 % des annonces vérifiées n’étaient pas conformes : 40 % sans baisse, 7 % avec une baisse plus faible, 48 % avec une hausse déguisée.
- Acheteur : regardez le prix payé, pas le pourcentage ; méfiez-vous des promotions permanentes ; signalez sur SignalConso.
- Vendeur : le prix barré est le prix le plus bas des trente jours précédents, pour toutes les boutiques.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la DGCCRF a reproché exactement ?
Des réductions calculées sans tenir compte des promotions précédentes, des prix relevés juste avant d’être barrés, et des fiches produit annonçant du cuir, du similicuir ou du daim pour des matières synthétiques. Au total, 95 % des annonces vérifiées n’étaient pas conformes.
Une réduction de 33 % peut-elle cacher une hausse de prix ?
Oui, si le prix a été relevé avant d’être barré. Une robe habituellement à 30,00 €, relevée à 45,00 € puis affichée à −33 %, se paie 30,15 € : plus cher qu’avant la « promotion ».
Comment vérifier qu’une promotion est réelle ?
Comparez le prix payé, pas le pourcentage, avec ce que le produit coûte ailleurs ou coûtait récemment. Méfiez-vous des produits « en promotion » en permanence. En cas de doute, faites une capture d’écran et signalez sur SignalConso.
Cette règle concerne-t-elle les petites boutiques ?
Oui. La règle du prix de référence s’applique à tout vendeur qui affiche un prix barré, quelle que soit sa taille.
Cette page décrit une sanction annoncée par la DGCCRF, état au 6 septembre 2026. Elle ne constitue pas un conseil juridique et ne préjuge pas des pratiques d’autres sites. Source : communiqué de presse de la DGCCRF du 20 août 2026, « Fast Fashion : BOOHOO sanctionnée d’une amende de 2 330 000 € à la suite d’une enquête de la DGCCRF ». La règle du prix de référence est détaillée, avec ses sources, dans l’article du site sur les prix barrés.
À lire ensuite
- Prix barrés, promos et Black Friday : ce que dit la loi — la règle de fond
- Reconnaître un site marchand fiable — la méthode en 5 minutes
- Litige avec un vendeur : les six recours — dont SignalConso
- Se faire rembourser après un achat en ligne





