Accueil › Les petits trucs auxquels personne ne pense
Par Christophe Millet · Mis à jour le
Cette page n’est pas une liste théorique. C’est la liste de ce que j’ai découvert en construisant ce site-là, avec dix ans de e-commerce derrière moi — donc la liste de ce que je faisais mal sans le savoir. Chaque point est un vrai problème trouvé, sur mes propres pages, ces dernières semaines.
C’est un exercice inconfortable et je le publie quand même, parce que c’est exactement le genre de choses que personne ne vous dit. Il n’y a pas d’examen de passage pour ouvrir une boutique en ligne : personne ne relit vos pages, personne ne vous signale ce qui manque. On découvre ses trous le jour où quelqu’un s’en plaint — ou jamais.
- Douze points concrets à vérifier chez vous, avec ce qui se passe si vous ne les vérifiez pas
- Les trois catégories dans lesquelles tombent presque tous les oublis
- La check-list à passer une fois par an
Sommaire
Ce qui pourrit tout seul dans vos pages légales


1. Un lien mort dans vos propres CGV
Mes conditions générales renvoyaient vers la plateforme européenne de règlement en ligne des litiges. Cette plateforme a fermé le 20 juillet 2025. Mon lien pointait donc vers le vide, dans un document que je considérais comme réglé depuis des années.
Ce n’est pas un détail cosmétique : une mention légale qui renvoie vers une adresse morte n’informe plus personne, et c’est précisément son travail. Personne ne m’a prévenu, parce que personne ne relit vos CGV — ni vous, ni vos clients, ni l’administration tant qu’il n’y a pas de plainte.
À vérifier chez vous : cliquez sur chaque lien de vos CGV, de vos mentions légales et de votre politique de confidentialité. Une fois par an suffit.
2. Une obligation dont vous n’avez jamais entendu parler
Tout professionnel qui vend à des particuliers doit désigner un médiateur de la consommation et en afficher les coordonnées. J’ai tenu quatre boutiques pendant dix ans sans jamais en avoir un, et sans que personne ne me le dise — ni ma banque, ni mon comptable, ni ma plateforme, ni un client.
Ce n’est pas de la mauvaise foi de leur part : personne n’a pour rôle de vous le dire. Il n’existe pas de guichet qui vérifie qu’une boutique est conforme au moment où elle ouvre. C’est structurel, et c’est la vraie raison pour laquelle tant de sites français sont en infraction sans le savoir.
→ Le détail, le coût et comment en désigner un : le médiateur de la consommation
3. Une obligation nouvelle qui vous a échappé
Les obligations ne sont pas figées : elles changent, et vous n’êtes pas notifié. Le bouton de rétractation en est l’exemple le plus récent. Une boutique parfaitement conforme il y a trois ans peut ne plus l’être aujourd’hui sans avoir rien changé.
À vérifier chez vous : une revue annuelle des obligations, au même moment que le bilan. C’est une heure de travail, et c’est la seule façon de ne pas dériver.
→ La liste des changements récents : ce qui a changé depuis 2022 · le bouton de rétractation
La revue annuelle, en quatre passages
Une heure par an. C’est le meilleur rapport temps passé / problèmes évités de toute une boutique.
Ce que vos images racontent sans que vous le vouliez


4. Des adresses de clients sur vos photos d’atelier
En reprenant mes photos de préparation de commandes pour illustrer ce site, j’ai trouvé des étiquettes de transport lisibles : nom, prénom, adresse postale complète de vrais clients. Des photos prises pour moi, il y a des années, jamais destinées à être publiées — et parfaites pour illustrer une page.
Publier ça, c’est diffuser des données personnelles sans base légale ni information des personnes. Le problème est que ça ne se voit pas : on regarde la photo, on voit un colis, on ne lit pas l’étiquette.
À vérifier chez vous : zoomez sur chaque photo avant publication. Étiquettes, écrans, bons de préparation, factures posées sur la table, tableaux blancs en arrière-plan. Floutez, ou ne publiez pas.
5. Des visages dans une vidéo de témoignages
J’avais une vidéo qui montrait la page d’avis d’une de mes boutiques. Excellente preuve sociale, sauf qu’en l’analysant image par image, une grande partie des images contenait des visages identifiables — dont ceux d’enfants, sur des photos jointes par des clients à leurs avis.
Un client qui joint une photo à un avis l’autorise sur la page produit du site où il l’a laissé. Il ne vous autorise pas à la republier ailleurs, dans une vidéo promotionnelle, des années plus tard. Pour les mineurs, c’est encore plus net.
À vérifier chez vous : avant de réutiliser un contenu client, demandez-vous où il a été publié à l’origine et pour quel usage. Un avis récolté pour votre fiche produit n’est pas un droit d’image universel.
6. Des photos de marques qui ne sont pas les vôtres
Dans mes archives, des visuels de campagnes de marques que je distribuais, et des contenus créés avec des partenaires. Deux réflexes que je n’avais pas :
- Un visuel de marque appartient à la marque. Le fait de l’avoir eu dans le cadre d’une distribution ne vous donne pas le droit de l’utiliser pour votre communication personnelle, des années après.
- Le nom d’un partenaire ou d’un client ne se cite pas sans accord écrit. Même pour dire du bien, même si la collaboration s’est très bien passée.
7. Ce que vous avez vendu avec votre entreprise
Celui-là est le plus contre-intuitif de la liste. Quand vous cédez une marque, le contrat de cession définit ce qui part : le nom, la clientèle, souvent les fichiers, parfois l’ensemble des contenus et des visuels. Vos propres photos, prises par vous, dans votre atelier, peuvent avoir été vendues avec le reste.
Autrement dit : le fait d’avoir créé une image ne suffit pas à vous autoriser à la republier aujourd’hui. Il faut relire le contrat.
À vérifier chez vous : si vous avez cédé une activité, relisez la clause sur les actifs incorporels avant de réutiliser quoi que ce soit de cette époque.
Ce que votre site dit de travers sans prévenir


8. Un mot de menu qui ne veut rien dire
Un de mes onglets de menu s’appelait Durer. Pour moi, c’était limpide : c’était le nom d’un pilier de ma méthode. Pour un visiteur qui arrive de Google, ça ne voulait strictement rien dire, et surtout ça ne disait pas ce qu’il allait trouver derrière.
Le menu est écrit dans votre vocabulaire interne, et vous êtes la seule personne au monde qui le parle. Il est devenu Après la vente : moins élégant, immédiatement compréhensible.
À vérifier chez vous : lisez votre menu à quelqu’un qui ne connaît pas votre activité et demandez-lui ce qu’il pense trouver derrière chaque mot. Le test prend deux minutes.
9. Une phrase automatique qui vous représente dans Google
Le texte qui s’affiche sous votre titre dans les résultats de recherche est souvent généré automatiquement à partir des premiers mots de la page. Sur plusieurs de mes pages, ce premier élément était un fil d’Ariane — donc la description affichée dans Google commençait par « Accueil › Après la vente › … ». Illisible, et une occasion perdue de donner envie de cliquer.
À vérifier chez vous : tapez site:votredomaine.fr dans Google et lisez les descriptions affichées. Elles sont votre vraie vitrine, plus que votre page d’accueil.
10. Un chiffre rond qui affaiblit ce que vous dites
J’écrivais « plus de 3 000 avis », sans dire d’où sortait le chiffre. Le total est vrai : il dépasse même 3 500, toutes mes boutiques confondues. Mais un chiffre rond posé tout seul sonne comme une estimation flatteuse, et une partie de ce total n’est plus vérifiable — les boutiques qui ont reçu ces avis n’existent plus.
Le site dit maintenant d’où vient le chiffre : plus de 3 500 avis récoltés en 10 ans, dont plus de 2 000 sur la boutique d’articles bébé. Le second se vérifie : la boutique existe toujours et son compteur est public. Nommer la part que le visiteur peut aller vérifier rend tout le reste crédible.
À vérifier chez vous : pour chaque chiffre de votre site, dites ce qu’il couvre et nommez la part qu’un visiteur peut aller vérifier. Un chiffre posé sans origine ne convainc personne et fragilise tous les autres.
11. Un titre de page qui réécrit votre menu
Détail purement technique, mais il m’a coûté une demi-heure : sur beaucoup de systèmes, l’entrée de menu reprend le titre de la page. Le jour où j’ai amélioré le titre de ma page d’accueil pour le référencement, mon menu s’est mis à afficher la phrase complète, sur trois lignes.
À vérifier chez vous : après toute modification de titre pour le référencement, regardez votre menu et votre pied de page sur mobile.
12. Un bouton qui demande un engagement trop grand
Mon site proposait « Poser une question » comme unique porte d’entrée. C’est beaucoup demander à quelqu’un qui découvre une page : bloquer un créneau, donner son numéro, se préparer à parler à un inconnu. La plupart des gens veulent juste poser une question.
Un formulaire simple, avec une case « je préfère être rappelé », capte tout ceux qui n’auraient jamais réservé d’appel — et laisse la porte ouverte à ceux qui le veulent.
À vérifier chez vous : demandez-vous quel est le plus petit pas possible que peut faire un visiteur intéressé. Si votre seule option est le plus grand pas, vous perdez tous les autres.
Les trois familles d’oublis
En les relisant, ces douze points ne sont pas douze problèmes différents. Ce sont trois familles, et savoir laquelle vous concerne aide à savoir où chercher.
| Famille | Pourquoi ça arrive | Le remède |
|---|---|---|
| Ce qui pourrit tout seul | La loi et le web bougent, votre site non | Une revue annuelle, datée dans l’agenda |
| Ce qu’on ne voit plus | Vous connaissez trop votre site pour le lire | Faire lire par quelqu’un d’extérieur, une fois |
| Ce que personne ne vous dit | Aucun acteur n’a pour rôle de vous prévenir | Aller chercher l’information soi-même, ou demander |
La troisième est la plus vicieuse, et c’est celle qui m’a le plus surpris. Il n’y a pas de complot ni de rétention : il n’y a personne dont ce soit le travail. Votre banque vend un compte, votre comptable tient vos comptes, votre plateforme vend un abonnement. Aucun de ces métiers ne comprend « vérifier que ce commerçant est en règle ».
La check-list annuelle
Une heure par an, à la même date. Voici ce que je passe en revue maintenant.
- Cliquer sur tous les liens des CGV, mentions légales et politique de confidentialité.
- Vérifier que le médiateur est toujours désigné, l’adhésion à jour, les coordonnées exactes.
- Relire les obligations d’information : prix, délais, garanties, rétractation, bouton de commande.
- Chercher
site:votredomaine.frdans Google et lire les descriptions affichées. - Ouvrir cinq fiches produit au hasard sur un téléphone et les lire en entier.
- Passer une commande test payée, jusqu’au mail de confirmation.
- Recalculer le coût réel d’un colis avec les tarifs de l’année et corriger la grille de port.
- Vérifier que chaque chiffre affiché sur le site est encore vrai et vérifiable.
- Zoomer sur les images publiées dans l’année : étiquettes, écrans, visages.
- Faire lire le menu à quelqu’un d’extérieur.
Aucun de ces douze points n’a été trouvé par un client, un contrôle ou un concurrent. Ils ont tous été trouvés parce que j’ai décidé de tout relire, pour de bon, en écrivant ces pages. Dix ans de e-commerce ne m’avaient pas suffi à les voir : il a fallu que je me force à expliquer les choses à quelqu’un d’autre. C’est probablement la meilleure raison d’écrire ce que l’on sait — on découvre en chemin ce qu’on croyait savoir.
- Personne n’a pour rôle de vérifier que votre boutique est en règle. C’est structurel, pas malveillant.
- Vos pages légales pourrissent toutes seules : liens morts, obligations nouvelles, coordonnées périmées.
- Zoomez sur vos images avant publication — étiquettes, écrans, visages.
- Un contenu client récolté pour une fiche produit n’est pas un droit d’usage universel.
- Une cession d’activité peut avoir emporté vos propres photos : relisez le contrat.
- Votre menu est écrit dans votre langue interne ; faites-le lire par quelqu’un d’autre.
- Un chiffre invérifiable fragilise tous vos autres chiffres.
Questions fréquentes
Qui vérifie qu’une boutique en ligne est conforme ?
Personne, au moment de l’ouverture. Il n’existe aucun contrôle préalable, aucune validation, aucun guichet. Les contrôles existent, mais ils interviennent après, généralement à la suite d’un signalement ou dans le cadre d’une enquête sectorielle. C’est ce décalage qui explique qu’autant de sites soient en infraction sans le savoir.
À quelle fréquence faut-il relire ses mentions légales ?
Une fois par an suffit, à condition de le faire vraiment : cliquer sur chaque lien, vérifier chaque coordonnée, et lire les obligations nouvelles de l’année. Ajoutez une relecture immédiate à chaque changement dans votre activité — changement de statut, d’adresse, de médiateur, ou ouverture à l’étranger.
Peut-on publier une photo prise dans son propre atelier ?
Oui, si rien d’identifiable n’y figure : pas d’étiquette client lisible, pas d’écran affichant des commandes, pas de visage sans autorisation, et pas de visuel appartenant à une marque tierce. Le fait que la photo soit la vôtre ne règle que la question de l’auteur, pas celle des personnes ni des marques présentes dessus.
Un avis client avec photo peut-il être réutilisé ailleurs ?
Pas automatiquement. La photo a été envoyée pour un usage précis, sur un site précis. La réutiliser dans une vidéo promotionnelle, une publicité ou sur un autre site est un usage nouveau, qui demande un accord. Et si la photo montre un enfant, la prudence doit être maximale.
Comment savoir si une nouvelle obligation me concerne ?
Aucune notification ne vous parviendra. En pratique : une revue annuelle des sources officielles, la lecture des communications de votre fédération professionnelle si vous en avez une, et un coup d’œil aux pages de ceux qui écrivent sur le sujet. C’est imparfait, et c’est ce qui existe.
Tous les points de cette page proviennent d’un audit réel de mes propres contenus, mené en construisant ce site en 2026. Ils relèvent du Code de la consommation, du RGPD et du droit à l’image ; cette page ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation. Les pages liées donnent le détail des textes.
POUR ALLER PLUS LOIN
La méthode terrain du e-commerce
Le pilier complet : le choix du produit, l’étude du marché, la recherche et la négociation des fournisseurs, le calcul détaillé des marges, le budget de lancement, et l’ensemble des obligations légales avec les textes prêts à copier.
Gratuite et à jour
Le détail de chaque point
- Le médiateur de la consommation — l’obligation que j’ai ignorée dix ans
- Ce qui a changé depuis 2022 — dont le lien mort de mes CGV
- Le bouton de rétractation — la dernière obligation en date
- Les mentions obligatoires — la liste complète en un tableau
- Récolter des avis clients — dont ce qu’on a le droit d’en faire
- La méthode — les quatre piliers du e-commerce


